En pleine pandémie, la start-up lausannoise Helvitek Labs a conçu une protection pour éviter les lésions dues au port quotidien de cet outil de sécurité par les soignants. Une histoire d’innovation modèle, qui a vu tous les acteurs du système s’impliquer de manière inédite face à l’urgence.

Les photos ont circulé partout : des personnels hospitaliers aux visages abîmés, marqués par les lésions dues au port obligatoire et quotidien de masques chirurgicaux et/ou FFP2 (plus protecteurs). Cette nouvelle réalité, due à la pandémie de Covid-19 a immédiatement fait réagir l’équipe d’Helvitek Labs, start-up basée à l’EPFL Innovation Park.

L’entreprise développe depuis 2018 un masque urbain antipollution, filtrant, respirant, élégant, mais surtout confortable. Ni une, ni deux, l’équipe décide d’utiliser son savoir-faire pour réfléchir à une solution à destination des soignants. Elle se concentre sur le développement d’une structure faciale morphologique qui s’adapte aux masques médicaux, non conçus pour un port prolongé. « Nous avons réuni un groupe de spécialistes qui ont tous collaboré : notre bureau de design à Zürich, BMCO, le professeur Bruno Bürgisser de la haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg et des membres d’Inov3, notre partenaire d’industrialisation basé à Lausanne », détaille Roberto Costa, co-fondateur d’Helvitek Labs. Le groupe travaille « dans l’esprit start-up », focalisé sur la solution à développer.

Aide cruciale des partenaires de la promotion économique vaudoise

Il y a cependant des coûts de développement, notamment celui nécessaire à la conception d’un moule pour tester le produit. C’est la Fondation pour l’Innovation Technologique (FIT) qui permet de résoudre ce problème, en attribuant, « en un temps record », un prêt de 100 000 francs à la jeune entreprise, des fonds sans lesquels le projet n’aurait pas pu aboutir. Le Service de la promotion de l'économie et de l'innovation (SPEI) soutien également le projet. Innovaud aide la jeune entreprise à se faire connaître et oeuvre pour qu'elle obtienne le soutien financier de la FIT. En un mois, la structure faciale morphologique est prête. Développée en élastomère médical, elle est fabriquée en Suisse. Reste à la tester, ce que le CHUV accepte de faire au courant du mois d’avril. Résultat : d’ici quelques semaines, grâce à cet incroyable élan d’efficacité et de solidarité, la solution devrait être disponible pour les soignants de plusieurs établissements médicaux de la région.

Une solution locale

Pour le moment, la start-up se concentre sur la Suisse. « Notre idée était de résoudre un problème local. Notre structure ne nous permet pas encore de soutenir un développement international, même si bien sûr nous pouvons imaginer un partenariat pour fournir des marchés étrangers, nous avons été approchés par une entreprise américaine », envisage Roberto Costa.

Pour la jeune entreprise, qui a interrompu la production de ses masques antipollution, l’expérience n’a pas été une perte de temps, bien au contraire. « Ce projet a agi comme un catalyseur. Il nous a permis d’accélérer nos processus d’industrialisation, d’entrer en contact ou sécuriser des partenaires avec qui travailler par la suite ». Helvitek Labs n’envisage pas pour autant de croître plus rapidement. « Nos plans sont inchangés, nous allons garder notre ambition de départ, qui est de lancer l’industrialisation de notre masque antipollution, tout en assurant la production des structures morphologiques. Si ce dernier projet nous apporte plus de liquidités que prévu, elles seront réinjectées en recherche et développement pour développer d’autres projets liés à la protection et aux masques », explique Théo-Tim Denisart, deuxième co-fondateur d'Helvitek Labs. Une chose a cependant profondément changé : le contexte. « Auparavant, lors de pitchs pour présenter notre produit, il nous fallait beaucoup de temps pour expliquer à nos interlocuteurs l’intérêt de porter un masque : les particules, la pollution, l’intérêt pour la santé… Désormais, nous pouvons faire l’économie de ces explications. Le port du masque est devenu une priorité ».

Cet article est paru sur www.innovaud.ch